mardi 4 juillet 2017

Brésil : Dix ans de progrès réduits à néant


Les grands propriétaires terriens ont toujours été très influents au Brésil. Mais leurs tentatives de détruire la forêt amazonienne au profit de l’agro-business et de rétablir une forme de travail forcé pour les plus pauvres avaient été jugulées pendant dix années de gouvernement de gauche. La destitution, il y a un an, de la présidente Dilma Roussef a libéré leurs ardeurs. Les députés « ruralistes » sont en train de démanteler toutes les lois et institutions préservant l’environnement et défendant les droits des plus pauvres, avec la complicité du président conservateur Michel Temer. En parallèle, les assassinats de militants sans-terre se multiplient dans les campagnes, en toute impunité. Une quasi « situation de guerre civile » larvée, analysée par Laurent Delcourt, chercheur au Cetri.

Les faits, d’une violence inouïe, sont à peine relayés par les grands médias nationaux. Au coeur d’une crise politique sans précédent depuis la fin de la dictature, moins d’un an après la destitution de la présidente Dilma Roussef, le Brésil rural des sans-droits vient de connaître deux nouvelles tueries de masse. Le 24 mai dernier, à Pau d’Arco au sud du Pará, 10 membres du Mouvement des sans-terres (MST), neuf hommes et une femme, sont abattus de sang-froid et 14 autres blessées par les polices militaire et civile, dépêchées sur les lieux pour les déloger d’une terre qu’ils occupaient, à la demande de son prétendu propriétaire. Celui-ci avait refusé la compensation prévue par la loi dans ce type de litige foncier, la jugeant insuffisante. Résultat : un bain de sang.

Un mois plus tôt, le 20 avril 2017, dans l’État frontalier du Mato Grosso, neuf paysans étaient assassinés par balle ou à l’arme blanche. Retrouvés pieds et poings liés, certains d’entre eux avaient été décapités, d’autres présentaient d’évidentes marques de torture. Tous appartenaient à une communauté de sans-terres installée dans un campement (assentamento) à Gleba Taquaruçu do Norte, une colonie agricole située à plusieurs centaines de kilomètres de la petite ville de Colniza.

Des dizaines d’assassinats chaque année

vendredi 9 juin 2017

La victoire d'Emmanuel Macron est la première «révolution colorée» déployée en Occident



par John Laughland *


C'était en lisant le brillant ouvrage récent de Lucien Cerise que la réflexion suivante m'est venue à l'esprit : la victoire d'Emmanuel Macron est la première «révolution colorée» déployée en Occident. Ayant eu ensuite le plaisir de faire la connaissance de Lucien Cerise, j'ai été content d'apprendre qu'il parle, lui aussi, d'une «élection colorée» dans le cas du nouveau président de la République.



Le terme «révolution colorée» désigne les opérations de changement de régime qui ont été effectuées dans les ex-pays communistes à partir de l'an 2000. Le résultat de toutes ces révolutions a été de ramener les pays en question dans le giron occidental. Des interventions gigantesques de la part de gouvernements occidentaux, en particulier par les Américains, mais aussi de la part d'ONG payées par eux et par les Européens, ont été pratiquées pour garantir le résultat attendu.



Les «révolution colorées» de référence sont le renversement du président yougoslave Slobodan Milosevic le 5 octobre 2000 ; la «révolution des roses» en Géorgie en 2003 qui a amené le jeune Mikhaïl Saakachvili au pouvoir en renversant l'ancien ministre soviétique des affaires étrangères, Edouard Chevardnadze ; et la révolution «orange» en Ukraine en 2004. Nombreuses sont les autres révolutions calquées sur celles-ci, financées par les mêmes pays, et qui ont suivi le même modèle.



Une «révolution colorée» est caractérisée par les éléments suivants : 

des mouvements dits de masse (manifestations, affiches, slogans, logos), surtout menés par des jeunes et dirigés contre le président sortant décrié comme un dictateur et un réactionnaire. 

Ayant personnalisé à outrance le conflit politique pour diaboliser le sortant, la révolution colorée adopte systématiquement le langage – ou plutôt la propagande – du changement et du renouveau.

Troisième élément : la technicité du pouvoir et de son acquisition. Curzio Malaparte avait formulé l'expression «la technique d'un coup d'Etat» et les révolutions colorées se sont inspirées de son exemple. D'autres auteurs, tels que Edward Bernays (Propagande, 1928) ou Gustave le Bon (La Psychologie des foules, 1895), ont également essayé de découvrir le secret de la manipulation des masses. De nos jours, le grand gourou est le politologue américain, Gene Sharp qui, ayant véhiculé une théorie de la résistance non-violente, revendique aujourd'hui aussi la paternité de révolutions violentes comme le printemps arabe ou l'Euromaidan.



C'est ici où la comparaison avec Macron est la plus frappante. Le secret de son succès réside dans le fait que les premiers militants d'En Marche! ont en réalité collecté, dans leurs rencontres avec des gens dans la rue, une base de données permettant à un logiciel de reconnaître les phrases clés que l'électorat veut entendre. Il ne s'agit pas, dans le discours d'Emmanuel Macron, de proposer des solutions concrètes mais, au contraire, de prononcer des phrases qui rassurent. Le changement sans les risques du changement, c'est le beurre et l'argent du beurre : il n'est pas étonnant que l'électorat vote pour cela.

dimanche 4 juin 2017

La violence faites aux hommes

Aborder le thème de la violence féminine exercée à l’encontre des hommes est un sujet extrêmement délicat qui soulève de fortes réactions émotives influencées par le préjugé de « l’homme violent et la femme victime » et du tabou de « la femme violente et de l’homme victime ». Tous ceux et celles qui ont osé abordé ce thème se sont fait accusés de minimiser la violence faite aux femmes, d’être anti-féministe, d’être masculiniste et même misogyne. Comme si le fait de parler d’un sexe voulait nécessairement dire que l’on est contre l’autre sexe, que l’on alimente la guerre des sexes et qu’on généralise à l’ensemble des femmes la violence de quelques femmes.

Je précise donc dès le départ que, pour moi, une seule femme battue est une femme battue de trop. Il n’y a aucune justification possible au fait qu’une femme soit battue dans un contexte conjugal, comme il n’y a aucune justification à ce qu’un homme soit battu. Et pourtant, c’est la réalité. L’homme battu physiquement est un impensable social   : c’est pourquoi nous avons tous de la difficulté a accepté cette réalité pourtant de plus en plus documentée.

Imaginez les scènes suivantes :

1. Vous êtes dans un endroit public et vous voyez une femme gifler un homme. Quelle sera votre première pensée ?

2. Toujours en public, vous apercevez un homme et une femme en train de se battre ? Qui défendrez-vous, si vous vous interposez ?

3. Vous appelez la police parce que vous entendez des hurlements dans l’appartement d’à côté. Qui croyez-vous que les policiers vont menotter et conduire en prison ?

4. Prenez le risque de dire autour de vous que votre amie ou votre femme vous bat et observez les réactions.

5. Dites autour de vous qu’il y a autant de femmes violentes que d’hommes violents.

6. Comment croyez-vous que les intervenants d’un CLSC vont réagir si un homme leur déclare qu’il est battu par sa femme depuis des années ?

7. Demandez autour de vous si les gens connaissent des hommes battus.

Répondez spontanément et honnêtement à ces questions, osez faire les expériences suggérées et vous saurez ce qu’est un préjugé et un tabou.

Maintenant, rappelez-vous par qui, papa ou maman, vous avez vous-même été battu, si tel est le cas. Vous-même, que vous soyez homme ou femme, avez-vous déjà été giflé, poussé, égratigné, pincé, roué de coups de poing ou de pied… par une amie ou par une conjointe ? Vous a-t-on déjà lancé des objets par la tête ? Regardez autour de vous et écoutez.


La définition de la violence conjugale

mardi 30 mai 2017

Le règne des idiots,


 par Chris Hedges

Dans les derniers jours des civilisations qui s’écroulent, les idiots prennent la relève. Des généraux idiots mènent des guerres interminables et ingagnables qui mettent la nation en faillite. Des économistes idiots appellent à réduire les impôts des riches, et à couper  les programmes sociaux des pauvres, en prévoyant une croissance économique basée sur un mythe. Des industriels idiots empoisonnent l’eau, le sol et l’air, suppriment les emplois et réduisent les salaires. Des banquiers idiots jouent sur les bulles financières qu’ils ont eux-mêmes créées et réduisent les citoyens à l’esclavage en vertu d’une dette qui les écrase. Des journalistes et des intellectuels idiots prétendent que le despotisme est la démocratie. Des agents de renseignement idiots orchestrent le renversement de gouvernements étrangers pour créer des enclaves sans loi où prospèrent des fanatiques fous-furieux. Des professeurs, des «experts» et des «spécialistes» idiots s’occupent, avec un jargon inintelligible et des théories obscures, à soutenir la politique des dirigeants. Des animateurs et des producteurs idiots créent des spectacles scabreux, pleins de sexe, de sang et de fantasmes.

Dans la checklist bien connue de l’extinction, nous sommes en train de cocher toutes les cases.

Les idiots ne connaissent qu’un seul mot : « plus ». Ils ne s’encombrent pas de bon sens. Ils accumulent richesse et ressources jusqu’à ce que les travailleurs ne puissent plus gagner leur vie et que l’infrastructure s’effondre. Ils vivent dans des enceintes privilégiées où ils commandent des tirs de missiles en mangeant du gâteau au chocolat. Ils voient l’Etat comme la projection de leur vanité. Les dynasties romaine, maya, française, habsbourgeoise, ottomane, romaine, wilhelminienne, pahlavi et soviétique se sont effondrées parce que les caprices et les obsessions des idiots au pouvoir faisaient la loi.

vendredi 5 mai 2017

Emmanuel Macron : cet homme est dangereux

par Anicet Le Pors

Ancien ministre de la Fonction publique et des Réformes administratives (1981-1984)

Emmanuel Macron sera élu le 7 mai 2017 Président de la République. C’est le produit politique fabriqué par les efforts combinés de l’oligarchie financière, du MEDEF, des gouvernements Hollande, de la technostructure administrative, des opportunistes de tous bords, des stars de l’intelligentsia toujours avides de notoriété, de la totalité des médias ; bref, de tous ceux ayant joué un rôle dans la situation désastreuse actuelle et favorisé ou instrumentalisé la montée du Front national. Et cela dans le contexte d’une décomposition sociale profonde, d’une communauté des citoyennes et des citoyens désorientés, en perte de repères.
Son émergence est récente et il n’a cessé de cultiver l’ambiguïté pour se positionner électoralement au centre. Toutefois, on peut déceler à partir de plusieurs déclarations disparates une certaine cohérence idéologique, assez différente de celle qu’il veut accréditer ou qu’on lui prête. Cinq lignes de force peuvent être dégagées.

  1. Un fervent de l’élitisme, hostile au monde du travail
 Les analyses sociodémographiques publiées à l’issue du premier tour ont montré que Emmanuel Macron a été essentiellement soutenu par les personnes qui s’en sortent le mieux dans la cris, les plus riches, les plus diplômés, les partisans le l’Union européenne, laissant de côté la France qui souffre, accentuant ainsi les inégalités. Dans le même temps, il ne dissimule pas sa volonté de réduire le partenariat au sein de l’UNEDIC, plus généralement de préférer le soi-disant dialogue social à la concertation contradictoire. Il est un farouche partisan de la flexi-sécurité, cause de précarité et de pauvreté de masse. Il opérera une reprise en main étatique des crédits de la formation professionnelle. Il conteste la vocation des syndicats à s’exprimer au niveau national pour les cantonner autant que possible au niveau de l’entreprise dans l’esprit de la loi El Khomri qu’il veut prolonger par une réforme du code de travail adopté par ordonnances, c’est-à-dire sans l’aval du Parlement. L’avantage que l’on peut reconnaître à ce candidat c’est qu’il éclaire les contradictions de classe qui sont à l’œuvre.

  1. La mise au pas des collectivités territoriales
Après Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron cherche le moyen de contourner le principe de libre administration des collectivités territoriales posé par l’article 72 de la constitution. Un système de conventions avec les régions pourrait y pourvoir qui conditionnerait le montant des dotations de l’État à la docilité des colletivités. L’Etat serait également appelé à compenser la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages ce qui rendrait ce financement discrétionnaire. Le processus de métropolisation serait poursuivi et développé aboutissant à la suppression d’un quart des départements. Les collectivités territoriales seraient ainsi mises sous pression avec la diminution de 2 milliards d’eurios par an des dépenses de fonctionnement, la réduction de 75 000 emplois de fonctionnaires territoriaux, un retour strict imposé aux 35 heures hebdomadaires. La maîtrise de cette nouvelle politique coercitive serait assurée par une conférence annuelle des territoires. La remise en cause statutaire de la fonction publique territoriale reste la cible privilégiée.

  1. L’abaissement du Parlement
Il s’agit d’abord d’une réduction drastique des effectifs sensée dégager une économie annuelle de 130 millions, de l’ordre d’un tiers pour aboutir à 385 députés et 282 sénateurs. Le Parlement réduirait considérablement son activité législative qui, hors période budgétaire, serait limitée à trois mois. IL y aurait donc moins de lois nouvelles, ce qui laisserait davantage de champ à la réglementation par décrets. L’activité du Parlement serait aussi réorientée vers des missions de contrôle et d’évaluation. La haute administration aurait de ce fait une compétence d’expertise plus étendue et un pouvoir hiérarchique renforcé sous l’autorité de l’exécutif. Emmanuel Macron a prévu de légiférer rapidement par voie d’ordonnances dès le début de son quinquennat et il conservera le mécanisme de l’article 49-3. Il est clair que la démarche tourne le dos au régime parlementaire.

  1. Un gouvernement aux ordres

vendredi 28 avril 2017

Venezuela, Equateur : manipulation de l’information


Ce que les médias occidentaux  nous dirons pas 

Guerre sournoise en Equateur, guerre totale au Venezuela

Maurice Lemoine
dans Mémoire des luttes



Equateur, 2 avril 2017 : au second tour de l’élection présidentielle, le candidat de la « révolution citoyenne » Lenín Moreno (Alliance Pays ; AP) affronte l’ex-ministre de l’économie (1999) et banquier multimillionnaire Guillermo Lasso (Créons des Opportunités ; CREO) qu’il a devancé au premier tour (39,36 % des voix contre 28,11 %). Rafael Correa qui, depuis 2007, a rendu sa stabilité au pays grâce à d’incontestables avancées sociales, ne se représentait pas [1].
Il n’est pas encore 17 heures et les bureaux de vote ne sont pas fermés quand Rafael Cuesta, ancien député social-chrétien (PSC, droite) devenu « vice-président de l’information » de la chaîne de télévision Canal Uno, annonce à l’écran, avec une évidente satisfaction : « Nous avons un président de la République et c’est Guillermo Lasso. » A 18 h 30, sur la base du même sondage « sortie des urnes » effectué par l’Institut Cedatos, étroitement lié à la Banque de Guayaquil (dont le principal actionnaire s’appelle… Guillermo Lasso), le journaliste vedette Alfredo Pinoargote salue joyeusement sur Ecuavisa celui que, depuis six mois, il a invité moult fois dans son programme « Contact direct » : « Félicitations, président ! » Autre grande chaîne commerciale, Teleamazonas déroule la même partition.
Sondages et médias étant à l’évidence plus importants que les électeurs, les urnes et les résultats officiels, encore inconnus à ce moment, Lasso gratifie les siens d’un discours de chef d’Etat et tous, dans une grande allégresse, fêtent « le retour de la liberté ». De quoi feindre tomber des nues lorsque, à 20 heures, le Conseil national électoral (CNE) annonce la victoire du socialiste Moreno avec 51,16 % des voix. Lasso, qui avait déjà hurlé à la fraude lors du premier tour, sans en apporter aucune preuve, entonne le même leitmotiv : outre Cedatos, deux « comptages rapides » – ceux des instituts Market et Informe Confidencial – l’ont placé en tête, dans une fourchette allant de 51,5 % à 53 % des suffrages. Informe Confidencial démentira bien avoir effectué un tel sondage, mais il en faudrait plus pour émouvoir la droite équatorienne et ses alliés.

jeudi 9 mars 2017

Mettre fin à l'austérité c'est possible : l'exemple du Portugal



Depuis novembre 2015, c’est une union des gauches qui est au pouvoir au Portugal : un gouvernement socialiste soutenu au Parlement par les partis de la gauche radicale et les écologistes. Cette alliance inédite a réussi à mettre fin à l’austérité imposée pendant quatre ans par la troïka. Les composantes les plus à gauche ont imposé au gouvernement socialiste des mesures de revalorisation des bas salaires et des petites pensions, et de lutte contre le travail précaire. Avec succès : l’économie repart, le déficit public recule, et le petit pays du sud de l’Europe arrive même à convaincre Bruxelles du bien-fondé de cette politique. Un modèle à suivre ?


Mi février, Benoît Hamon, en visite de trois jours au Portugal, a rencontré des acteurs de l’union des gauches qui y gouverne depuis plus d’un an. On en parle beaucoup moins que la Grèce avec Syriza ou l’Espagne avec Podemos. A Lisbonne, la gauche a réussi à défaire une droite adepte de l’austérité. Le Parti socialiste est parvenu à reprendre le pouvoir à la faveur d’une alliance inédite avec les forces de gauche radicale : le Parti communiste portugais, les écologistes, et le Bloco de esquerda (« bloc de gauche » )

En octobre 2015, c’est pourtant une coalition de droite – « Portugal en avant ! » – qui était arrivée en tête lors des élections législatives portugaises, avec 38 % des voix. Les différents partis de gauche gardaient, ensemble, une majorité des voix et des sièges au Parlement : les socialistes, deuxième avec 32 %, le parti anti-austérité Bloco de esquerda, 10 %, et l’Union des verts et des communistes, 8 %.

L’ancien premier ministre de droite forme alors un gouvernement minoritaire, renversé au bout de deux semaines par les forces de gauche. C’est un socialiste, Antonio Costa, qui devient Premier ministre. Le Bloco de esquerda, les verts et les communistes n’intègrent pas le gouvernement, mais concluent un accord avec les socialistes pour le soutenir. La condition : que celui-ci mette en œuvre un programme clair contre la politique d’austérité menée au Portugal depuis quatre ans sous la pression de la troïka – Commission européenne, Fonds monétaire international, et Banque centrale européenne – suite à la crise économique et financière de 2008 et à la crise de la dette publique qui s’en est suivie.


Une bouffée d’air pour la population

samedi 11 février 2017

Moyen Orient : tout a été mis en place en 1916 pour que la région ne soit plus jamais pacifiée

"L’accord Sykes-Picot est l’une des causes majeures du chaos actuel au Moyen-Orient"



Entretien avec James Barr, 
professeur d'histoire moderne à Oxford et auteur 
d'Une ligne dans le sable".

Le livre est tout simplement passionnant: «Une Ligne dans le sable», de James Barr, professeur d’histoire moderne à Oxford, est une analyse fascinante des relations entre la France et l’Angleterre, sur la question du Moyen-Orient. Tout s’explique: le chaos actuel, les conflits constants, les revendications permanentes. Car l’accord Sykes-Picot, en pleine Première Guerre Mondiale, n’a rien résolu. Bien au contraire.

Selon James Barr, tout a été mis en place en 1916 pour que la région ne soit plus jamais pacifiée. La Syrie en feu, le terrorisme, la question de Jérusalem, le problème du Canal de Suez, tout se mêle. A lire «Une Ligne dans le sable», on comprend que rien ne pouvait se dérouler autrement: les grandes puissances coloniales, au début du XXe siècle, ont créé un monstre, le Levant. Et ont mis en place les conditions parfaites pour une guerre sans fin. Une lecture essentielle pour comprendre les enjeux de cet Orient ravagé.


BibliObs. Qu’est ce que l’accord Sykes-Picot?

James Barr. C’est un traité qui a été négocié à la fin de 1915 et signé le 16 mai 1916, en pleine guerre mondiale, pour se partager les dépouilles de l’Empire Ottoman, un accord entre la Grande-Bretagne et la France – mais également la Russie. La Grande Bretagne était représentée par Mark Sykes, un membre du parlement, conservateur, et la France par François Georges-Picot, diplomate. Ce dernier était le fils de Georges Picot, historien, biographe et avocat.

mercredi 8 février 2017

8 février mourir à Charonne





« En une période où le besoin d’histoire est si fort dans la société française et où est légitimement revendiquée une exigence de vérité, en particulier sur les deux moments clefs de notre histoire nationale récente que sont l’Occupation et les guerres coloniales, il n’est pas inutile de se souvenir de Charonne. » .


En pleine vague d'attentats commis sur le territoire métropolitain par l'OAS (l'Organisation de l'Armée Secrète, créée en 1961, dont l'objectif était de maintenir l'Algérie française à tout prix) plusieurs syndicats et organisations politiques de gauche appellent à manifester pour la paix en Algérie. Le rassemblement pacifique a lieu place de la Bastille et le cortège, composé essentiellement de jeunes et en particulier de jeunes femmes, se dirige ensuite en direction de la place Voltaire.

... férocement réprimée par la police

Aux abords de la station Charonne (11e) et alors que les organisateurs s'apprêtent à déclarer la dispersion de la manifestation,  les brigades spéciales de la police sous les ordres du préfet Maurice Papon chargent à coup de matraque les manifestants qui cherchent alors à se réfugier dans le métro. En contre-bas des marches se déroulent des scènes d'une violence extrême. Des témoins rapportent que des policiers vont se saisir et jeter des personnes dans l'escalier par dessus la rampe de la bouche du métro, ou encore lancer des grilles en fonte sur les manifestants tentant de fuir. Bilan : neuf victimes mortes étouffées ou le crâne fracturé et 250 blessés.


dimanche 22 janvier 2017

Le discours intégral d'Angela Davis à la marche des femmes (français et anglais )

Angela Davis sait aller à l'essentiel


 


"À un moment stimulant dans notre histoire, laissez-nous nous rappeler que nous les centaines de milliers, les millions de femmes, des trans-gens(un trans-peuple), des hommes et la jeunesse(le jeune) qui est ici au mars de Femme, nous représentons les forces puissantes de changement qui sont déterminées à empêcher les cultures moribondes de racisme, d'hétéro-patriarcat  de monter de nouveau.

"Nous reconnaissons que nous sommes les agents collectifs de l'histoire et que l'histoire ne peut pas être supprimée comme des pages Web. Nous savons que nous nous réunissons cet après-midi sur la terre indigène et nous suivons l'exemple des premiers peuples qui malgré la violence de génocide massive n'ont jamais abandonné la lutte pour la terre, l'eau, la culture, leurs peuples. Nous saluons particulièrement aujourd'hui "the Standing Rock Sioux"..

"Les luttes de liberté du peuple noir qui a formé la nature même de l'histoire de ce pays ne peuvent pas être supprimées d'un revers d'une main. Nous ne pouvons pas être faits pour oublier que des vies noires comptent vraiment . Ceci est un pays ancré dans l'esclavage et le colonialisme, qui signifie pour le meilleur et pour le pire que l'histoire même des États-Unis est une histoire d'immigration et d'asservissement. La diffusion de la xénophobie, lançant les accusations de meurtre et de viol et construisant des murs n'effacera pas l'histoire.

"Aucun être humain n'est illégal."

vendredi 20 janvier 2017

Discours de Xi Jinping à l'Office des Nations Unies à Genève


GENEVE, 18 janvier :
Le président chinois Xi Jinping a appelé mercredi à construire une communauté de destin pour l'humanité et à poursuivre un développement commun gagnant-gagnant pour faire face aux défis et aux risques croissants.
Présentant son point de vue sur l'avenir de l'humanité dans un discours prononcé à l'Office des Nations Unies à Genève (ONUG), le dirigeant de la deuxième économie mondiale a plaidé pour la paix durable, la sécurité pour tous, la prospérité commune et un monde propre, beau, ouvert et sans laissés-pour-compte.
Le président a mis l'accent sur le principe d'égalité dans l'établissement d'un ordre international juste et équitable, soulignant qu'en cette ère nouvelle, la communauté internationale devrait soutenir l'égalité souveraine et oeuvrer pour l'égalité des droits, des chances et des règles pour tous les pays.
"Nous devrions promouvoir la démocratie dans les relations internationales et rejeter toute domination par un ou plusieurs pays. Tous les pays devraient façonner ensemble l'avenir du monde, élaborer les règles internationales, gérer les affaires mondiales et veiller à ce que les fruits du développement soient partagés entre tous", a-t-il déclaré.

vendredi 6 janvier 2017

Un monde sans esprit a fabriqué les terroristes

 PAR ROLAND GORI*


«Les terroristes appartiennent toujours à leur époque, ils ressemblent davantage à la civilisation qu’ils combattent qu’à l’idéologie dont ils se prévalent. L’État islamique ne fait pas exception.»

« La crise, c’est lorsque le vieux monde est en train de mourir et que le nouveau monde tarde à naitre. Et dans ce clair-obscur naissent les monstres.[1] »

« Une toute nouvelle pauvreté s’est abattue sur les hommes avec ce déploiement monstrueux de la technique. Et l’envers de cette pauvreté c’est la richesse oppressante d’idées qui filtrent chez les gens […] Que vaut en effet tout ce patrimoine culturel s’il n’est pas lié pour nous justement à l’expérience ? […] cette pauvreté d’expérience ne concerne pas seulement nos expériences privées, mais aussi celle de l’humanité en général. Et c’est en cela une forme nouvelle de barbarie.[2] »


Non Mr Valls, « expliquer ce n’est pas excuser », essayer de comprendre les meurtres de masse, les crimes violents et lâches, les violences arbitraires et monstrueuses, les douleurs indicibles et inimaginables que les terrorismes contemporains provoquent, ce n’est pas excuser, et encore moins pardonner. C’est combattre les coupables. Non pas aveuglément et en les suivant à la trace de leurs sinistres forfaits, pris que nous sommes dans un jeu de piste sanglant où nous épuisons nos forces de sécurité à devoir les poursuivre sans relâche, et sans pitié pour nos libertés publiques et privées. Mais en sectionnant à leurs racines les facteurs de risques qui ont permis dans notre monde l’émergence de ces symptômes morbides, et en les éradiquant.  Ce qui suppose que nous parvenions à reconstruire la sécurité au cœur même de nos sociétés malades.


Car il s’agit bien d’une maladie, d’une pathologie, celle d’une civilisation, celle d’« un monde sans esprit » auquel appartiennent les meurtriers comme leurs victimes.

mercredi 4 janvier 2017

Chine-USA : menace d'une intervention militaire



La Chine est prête à prendre les mesures qui s'imposent en cas d'accumulation d'armes par les Etats-Unis en mer de Chine méridionale, ce qui pose un risque de sécurité pour le territoire chinois, ont déclaré mardi plusieurs experts concernant des rapports américains qui prévoient un renforcement de son armée dans la région.

Le site du journal US Navy Timesa a rapporté que les porte-avions l'USS Nimitz et l'USS Carl Vinson ainsi que ses escortes, avec 7500 marins, seront déployés cette semaine pour une dans le Pacifique occidental.

Dans un autre document, le magazine The National Interest a rapporté le 1er janvier que des hauts stratèges de l'armée américaine et du Pentagone réfléchissaient actuellement aux différentes manières d'utiliser les plates-formes d'armes existantes. Avec la mise en place éventuelle -si nécessaire- d'unités d'artilleries mobiles en mer de Chine méridionale, fonctionnant comme des armes de défense aérienne avec des roquettes et missiles de croisière.

«Dans le même temps, les responsables du Pentagone ont déclaré publiquement que les USA continueront les exercices relatifs à la «liberté de navigation», les navires de la Marine naviguant dans les 12 miles du territoire revendiqué par la Chine.»

«En plus de ces activités, il est tout à fait possible que les Etats-Unis puissent déployer plus d'armes offensives et défensives dans la région», toujours selon l'article.

«Apparemment, l'armée américaine veut trouver de nouvelles approches en mer de Chine du Sud pour contenir la Chine», a déclaré Zhao Xiaozhuo, directeur du Centre de recherche sur les relations de défense sino-américaines de l'Académie des sciences militaires de l'APL.

«Nous allons voir combien de temps l'USS Carl Vinson va rester ici. Est-ce juste une simple manœuvre ou un long séjour pour des exercices ? Et voir qu'en est-il de la situation des îles chinoises occupées. »

samedi 31 décembre 2016

Lettre ouverte aux journalistes de Mediapart


Parce que cet article repris par le blog LES CRISES a été supprimé par Mediapart , il mérite d'être repris partout où c'est possible ...   

ajout 
suite à la protestation de swank et peut-être au fait qu'il a été repris de nombreuses fois le billet a été republié avec tout un baratin de la mediapart qu'on est bien forcé de "croire"



Blog Mediapart, Swank



Les leçons de l’histoire n’ont visiblement pas été apprises. Le 20 Mars 2003, les Etats-Unis et leurs alliés déclenchaient une guerre éclair contre l’Irak, pour renverser le régime de Saddam Hussein, dictateur reconnu coupable d’entretenir des liens avec Al-Qaïda et de détenir des armes de destruction massive. L’artillerie lourde fut déployée  (bombardements aériens, 100 000 hommes au sol et régiments de marines) sous l’œil de journalistes embedded souvent acquis à la cause, pour faire de cette guerre l’une des plus médiatisées de tous les temps. On connaît la suite : l’Etat Irakien fut pulvérisé en 2 mois, Saddam capturé à la fin de la même année puis pendu 3 ans plus tard. Les peuples d’Occident, abrutis par des médias bellicistes transformés en organes de propagande, étaient sommés d’applaudir à cette grande victoire du Monde Libre.


Jacques Chirac, qui devait conserver quelques restes de gaullisme enfouis quelque part, refusa d’engager la France dans cette mascarade. Et une bonne partie des Français, déjà bien échaudée par l’intoxication médiatique de la première Guerre du Golfe, ne marcha pas davantage dans la combine. L’histoire leur a donné raison. On découvrit assez vite que Saddam Hussein n’était pas un grand ami des terroristes d’Al-Qaïda, et que la présence d’ADM en Irak était un immense mensonge d’Etat, orchestré par l’Administration Bush et la CIA. Quant au plan des Alliés pour l’Irak, il tourna au fiasco intégral. En lieu et place du régime démocratique promis, le territoire irakien se transforma en un vaste champ de guérillas incontrôlables, et constitua le terreau idéal au développement de ligues fascistes obscurantistes et ultra-barbares. A l’heure qu’il est, l’armée américaine continue de larguer des bombes sur Mossoul pour vaincre Daech, une organisation terroriste créée sur les cendres de l’Etat Irakien détruit 13 ans plus tôt. Triste ironie de l’histoire.


Flash-back : c’est dans les geôles américaines de Camp Bucca, en plein désert irakien, que quelques pontes d’Al-Qaïda et d’anciens dirigeants baasistes du régime de Saddam Hussein fomentèrent la création de ce qui allait devenir la plus dangereuse et la plus abominable faction terroriste du monde moderne : l’Etat Islamique (ou Daech). Une organisation officiellement créée en 2006, qui dispose désormais de moyens considérables dans les régions qu’elle contrôle, capable de se projeter à un niveau international et de recruter par milliers des Occidentaux prêts à mourir pour la cause djihadiste. Le tout grâce aux généreux financements des monarchies pétrolières wahhabites du Golfe avec qui nous continuons de commercer sans aucun scrupule et dont nous recevons les dirigeants en grandes pompes à l’Elysée. Après avoir été frappé sur notre territoire avec une barbarie sans nom par Al-Qaïda en janvier 2015 et par Daech en novembre de la même année, par quel tour de passe-passe en sommes-nous venus à considérer Bachar Al-Assad comme le problème n°1 au Moyen-Orient alors même que Daech progresse dangereusement en Syrie ?  Et pire comment en sommes-nous venus à envisager une alliance sur le terrain avec des rebelles appartenant à la branche syrienne d’Al-Qaïda ?

vendredi 30 décembre 2016

Obama a adopté un décret faisant retomber le pays aux plus sombres heures de la Guerre froide




Le Président sortant B. Obama a décidé, hier, d'expulser 35 diplomates russes et d'adopter de nouvelles sanctions contre le FSB et le renseignement militaire russe (GRU), en se fondant sur cette mythique attaque des serveurs du Parti démocrate lors des élections américaines, ayant mise à jour les manipulations du Parti en faveur de H. Clinton, qui elles ne furent pas sanctionnées. Un parfum de Guerre froide plane sur cette fin de présidence pas très glorieuse ...


Hier, B. Obama a adopté un décret faisant retomber le pays aux plus sombres heures de la Guerre froide:

Alors que l'implication de la Russie dans l'attaque des serveurs du Parti démocrate n'a toujours pas été prouvée, et ne risque pas de l'être, à trois semaines de son départ, B. Obama joue la politique de la terre brûlée et détruit tous les ponts autour du pays, dont il est encore censé défendre les intérêts. L'intérêt d'un clan politique vient d'être placé au-dessus de l'intérêt du pays.


35 diplomates de Washington et San Francisco ont 72 heures pour faire leurs bagages, certaines personnalités sont soumises à des sanctions individuelles avec confiscation des biens et des avoirs, des personnes morales également, deux complexes de logements entrant dans la propriété des représentations diplomatiques russes à New York et dans le Maryland seront fermées. Et ce qui a l'air encore plus absurde est l'adoption de sanctions contre le FSB et le GRU ... Ces dernières ont simplement une force symbolique et démontrent l'ampleur de l'hystérie qui s'est emparée du groupe politique que représente B. Obama.


Et comme l'indique B. Obama, ce n'est pas tout, d'autres mesures seront prises en temps et en heures. Il reste trois semaines pour tout détruire.

L'ambassade russe à Londres a très justement qualifié cet acte d'agression comme un retour à la Guerre froide. Et le porte-parole du Président russe, D. Peskov, s'est prononcé hier soir pour commenter ces derniers pas d'une Admnistration sortante: