Le FMI "demande pardon" à la Grèce et accuse la Troîka

Mais comme par hasard les créanciers ont pu fuir avant la catastrophe. 



Faute avouée, à moitié pardonnée ? Le FMI a fait son mea culpa mercredi et admis que le premier plan de sauvetage de la Grèce en 2010 s'était soldé par des "échecs notables" en raison notamment de désaccords avec ses partenaires européens au sein de la "troïka". "Il y a eu (...) des échecs notables. C'est Dominique Strauss-Kahn qui était le patron du Fonds à cette époque, depuis remplacé par Christine Lagarde.


La confiance des marchés n'a pas été rétablie (...) et l'économie a été confrontée à une récession bien plus forte que prévu", a indiqué le Fonds monétaire international dans un rapport évaluant les résultats du plan d'aide de 110 milliards d'euros accordé à Athènes en mai 2010 en contrepartie d'un plan d'économies drastiques.


Le Fonds s'était alors montré bien optimiste en tablant sur un retour de la croissance en Grèce dès 2012 et une amélioration sur le front de l'emploi. Les faits lui ont donné tort: le pays s'enfonce actuellement dans la récession pour la sixième année consécutive avec un taux de chômage de 27%, malgré un deuxième plan d'aide international massif au printemps 2012.


Les projections de dette publique grecque établies par le Fonds ont elles aussi été balayées "dans une très large mesure", reconnaît l'institution. Ce n'est pas la première fois que le FMI fait son aggiornamento sur la Grèce. En octobre, son chef économiste Olivier Blanchard avait fait sensation en admettant avoir sous-estimé les "multiplicateurs budgétaires" qui mesurent l'impact des mesures d'austérité sur la croissance.


La troïka (UE-BCE-FMI) n'est pas épargnée

Mais le Fonds va plus loin aujourd'hui en remettant en cause l'efficacité même de la troïka, la structure hybride qu'il forme avec la Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE) et qui est aujourd'hui en charge de quatre plans de sauvetage dans la zone euro. Selon le rapport, cette cohabitation a obligé le Fonds à "négocier d'abord avec les pays de la zone euro (...) et ensuite avec les autorités grecques", créant une source d'"incertitude considérable" alimentée par les hésitations et les revirements européens.


"Il n'y avait pas de division claire du travail" au sein de la troïka, pointe le rapport, qui ajoute que les Européens manquaient d'expérience et de "compétences" sur des programmes d'aide liés à de très strictes conditions. L'ironie de l'histoire veut que l'Europe voyait d'un très mauvais oeil l'arrivée du FMI sur le Vieux Continent. Début 2010, Jean-Claude Trichet, alors président de la BCE, jugeait même cette éventualité "mauvaise".


Décryptant les relations au sein de la troïka, le FMI s'attache à un point crucial du plan de sauvetage grec: la restructuration massive de la dette privée au printemps 2012. Le Fonds estime aujourd'hui que cette opération, la plus importante de l'histoire, aurait dû être menée dès 2010 mais que cette solution n'était alors pas "politiquement réalisable" en raison de l'opposition des Européens.


Les créanciers ont pu fuir avant la catastrophe

"La restructuration de la dette avait été envisagée par les parties à la négociation (du programme grec, ndlr) mais elle a été exclue par les dirigeants de la zone euro", qui craignaient qu'une telle mesure ne soit pas approuvée par les Parlements nationaux, indique le rapport.

Cette décision a été lourde de conséquences, selon le Fonds. Elle a permis à de nombreux créanciers privés (banques, fonds d'investissement) de "s'échapper" du pays sans subir la moindre perte et de "passer le fardeau" aux Etats et donc aux contribuables qui ont dû de nouveau renflouer la Grèce en 2012. "Nous aurions dû avoir une réduction de dette plus tôt en Grèce", a reconnu mercredi Poul Thomsen, chef de la mission du FMI en Grèce.

Le premier plan d'aide a en réalité été une mesure "d'attente", résume le rapport. Il a permis de donner le temps à la zone euro de construire son pare-feu, le Mécanisme européen de stabilité, afin de protéger d'autres pays "vulnérables" et limiter l'impact sur l'économie mondiale.



Pour Yannis Varoufakis, professeur d’économie à l’université d’Athènes, ce qui est en jeu, c’est le rôle des Etats membres de la zone euro, en particulier l’Allemagne. «Le rapport a fuité car le FMI en a vraiment assez de l’Allemagne et surtout de son refus d’avancer sur l’union bancaire», estime-t-il en soulignant que si elle avait été mise en place plus tôt, les 50 milliards d’euros prêtés aux banques grecques n’auraient pas alourdi la dette du pays.

«Il est clair que le FMI veut faire pression sur l’UE et l’Allemagne pour accepter une nouvelle restructuration de la dette grecque», renchérit Savvas Robolis, de l’institut du travail du principal syndicat privé GSEE. Malgré les plans de sauvetage successifs du pays, elle pourrait s’envoler à 175% cette année, selon les estimations de l’UE.

Commentaires

  1. c'est tout de même étonnant qu'une telle nouvelle tienne si peu de place dans la presse qui se garde bien d'inviter les fameux "experts" pour nous expliquer les lois incontournables qui commandent la marche du monde...

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    1. Paul Krugman (prix nobel d'économie en 2008) termine un long article, publié dans Courrier International du 30 mai 2013, par cette réflexion :
      " C'est une histoire terrible, notamment en raison des immenses souffrances qu'ont entraînées ces erreurs politiques. Mais c'est aussi une histoire profondément inquiétante pour ceux qui aiment à penser que la connaissance peut améliorer le monde. Les décideurs et les leaders d'opinion se sont servis de l'analyse économique comme un poivrot se sert d'un lampadaire : pour s 'appuyer, pas pour être éclairé. Les économistes qui ont dit à l'élite ce qu'elle voulait entendre ont été célébrés, malgré les nombreuses preuves de leurs erreurs ; et, bien qu'ils aient eu souvent raison, les économistes critiques ont été ignorés. "

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