Les quatre enseignements de la crise en Ukraine



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La situation politique en Ukraine est bien différente de la désintégration de l'Union Soviétique : l'indépendance de l'Ukraine ne s'est pas contentée de donner naissance au troisième arsenal nucléaire du monde et de s'arrêter là ; bien au contraire, ces dernières années, l'Ukraine est devenue le dernier champ de bataille de la guerre froide, et pourrait même conduire au déclenchement d'une seconde guerre froide. Alors que l'Ukraine se tourne vers l'Occident, la région de Crimée a organisé un référendum sur son rattachement a la Russie. Ce petit jeu de balancier géopolitique entre la Russie et l'Occident est entré dans sa phase finale, et il peut nous apprendre beaucoup.


1er enseignement : les lignes de fracture politiques peuvent facilement conduire à une tragédie politique entre grandes puissances


En tant que deuxième plus grand pays d'Europe, pourquoi l'Ukraine est-elle un « dilemme »? Tout comme c'est à la jonction des plaques tectoniques que se déclenchent souvent des tremblements de terre, à la jonction de plaques intercontinentales se trouvent aussi des lignes de fractures de civilisation, qui conduisent souvent aussi à des tremblements de terre politiques. L'Ukraine, malheureusement, est située à la jonction des civilisations catholique et orthodoxe : la plupart des habitants des régions Ouest de l'Ukraine sont catholiques, alors que la plupart des habitants des régions de l'Est sont orthodoxes russes. La crise économique a déclenché un choc des civilisations, conduisant le pays au bord de la faillite et de la scission, offrant aux grandes puissances des opportunités d'intervention, et finalement conduisant sa propre tragédie à provoquer une tragédie politique entre grandes puissances.


2e enseignement : la crise politique découle de la crise économique, et une forte dépendance de l'économie envers l'extérieur est dangereuse pour la sécurité nationale


Ces dernières années, les efforts de l'Occident pour faire changer le régime politique dans certains pays ont souvent réussi, et ont eu tendance à se propager. Cette fois, pour éviter d'irriter la Russie, l'Occident n'a pas recouru à des slogans comme le « printemps ukrainien » ou la « révolution orange » ou autres, mais sur le fond il n'y a pas de différences. Les difficultés économiques internes de l'Ukraine, découlant d'un défaut de la dette et de la faillite, ont offert des opportunités de manipulations extérieures. L'Occident s'est appuyé sur la volonté de l'Ukraine de ne pas dépendre excessivement de la Russie pour encourager un changement de situation dans le pays.


3e enseignement : la lecture erronée de l'histoire par l'Occident est un facteur déclenchant de troubles


La désintégration de l'Union Soviétique, qui marqua la fin de la guerre froide, a plongé l'Occident dans l'ivresse de la victoire, poussant les États-Unis à conclure à la « fin de l'histoire », ce qui a d'abord fait prospérer, pour un temps, les théories néo-impérialiste et néo-conservatrice, mais fini par conduire les États-Unis à s'embourber de manière inextricable pendant dix ans en Afghanistan et en Irak. De son côté, l'UE a également procédé à une expansion massive, absorbant 10 pays rien qu'en 2004, jusqu'à en faire une indigestion. C'est de ces mauvaises interprétations de la fin de la guerre froide que sont nés les troubles. Vouloir donner un caractère inévitable à la nature hasardeuse de l'histoire conduit souvent à des prophéties auto-réalisatrices.


4e enseignement : les doubles standards de l'Occident reflètent à nouveau leur hypocrisie


Les Etats-Unis et l'Europe ont autrefois apporté leur soutien à un référendum au Kosovo, mais aujourd'hui ils s'opposent au référendum en Crimée ; naguère, ils prétendaient que les droits de l'homme étaient au-dessus de la souveraineté, mais aujourd'hui, ils disent que la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine sont indivisibles. Les doubles critères des Etats-Unis et de l'Europe ont de quoi dérouter les gens : la raison en est bien sûr que les Etats-Unis et l'Europe décident des valeurs en fonction de leurs propres intérêts : à leur avis, l'indépendance du Kosovo arrachée à la dictature Serbe est légitime, mais l'indépendance de la Crimée de l'Ukraine démocratique est illégale ; dans leur esprit, il semble que la Russie n'est pas un État-nation qui s'est formé naturellement, et qu'il veuille à présent absorber la Crimée est également une violation des idées occidentales. A la veille de l'effondrement de l'Union Soviétique, l'Occident avait à promis Eltsine : pas d'élargissement de l'OTAN, et la Mer Baltique ne rejoindra pas l'UE. Or, quelle est la situation aujourd'hui ? Comment la Russie peut-elle faire confiance à l'Occident ?

La situation en Ukraine est toujours confrontée à de grandes incertitudes. Le 16 mars, un référendum s'est tenu en Crimée, mais le G7, les Etats-Unis et l'Europe ont clairement dit qu'ils ne reconnaîtront pas les résultats du référendum. On ne sait pas encore si l'Occident, face à des résultats du référendum en faveur de la Russie, acceptera ou non ce fait. La politique ukrainienne va constituer un gros problème pour de nombreuses grandes puissances, et comment elles y feront face sera pour ces pays un test de leur sagesse politique.


Le Qotidien du Peuple 

Commentaires

  1. J'aime bien cette analyse faite avec beaucoup de recul. C'est vrai que les chinois ont depuis longtemps une philosophie de l'histoire que les occidentaux feraient bien d'apprendre...

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  2. Je ne partage pas tous les éléments d'analyse, ne m'en voulez pas, c'est aussi ça le débat.
    Lors de la chute du mur de Berlin, nous avons tous salué l'autodétermination des anciennes républiques soviétiques à prendre leur indépendance. Dans ce contexte, la petite Ukraine se libérant du joug soviétique nous a transporté d'enthousiasme. Mais c'était oublier que nous confondons trop souvent "soviétique" et "russe".
    En réalité, l'Ukraine libérée a emporté avec elle les ferments de sa crise actuelle.
    Elle n'a pas su trouver un équilibre nécessaire entre la majorité ukrainophone et la forte minorité russophone. Pire, en réaction aux risques d'allégeance du dernier président déchu à son voisin russe et suite à son refus de signer tout accord avec l'Union européenne, la majorité ukrainienne s'est engagée dans une voie territorialement suicidaire : retirer au russe le statut de seconde langue officielle. Il n'en fallait pas plus pour que l'immense majorité de la population de Crimée, qui ne s'est jamais sentie ukrainienne et qui avait été artificiellement rattachée à l'Ukraine en 1954, exige sa séparation.
    La majorité ukrainienne, dont nous avons si ardemment salué la libération au début des années 90, se trouve aujourd'hui dans la position de l'arroseur arrosé : qui pourrait raisonnablement soutenir l'intolérance affichée par Kiev ?
    Ce contexte a évidemment profité au Kremlin, soucieux de rassembler les fragments de la nation russe au sein d'une seule grande république. On l'a vu dans le Caucase.
    L'Ukraine, qui a eu longtemps tout notre soutien face à son encombrant voisin, s'est piégée elle-même. Il en va de même de l'Union européenne, qui avait soutenu bruyamment l'autodétermination du Kosovo en faisant ouvertement intrusion dans les affaires d'un pays tiers, et qui s'est déconsidérée publiquement dans le débat sur la Crimée.
    Ces faiblesses et ces erreurs coupables des uns et des autres ne peuvent qu'alimenter les motifs du maître du Kremlin pour se saisir de cette aubaine.
    D'ailleurs, il est à noter que les opposants russes à Poutine, qui étaient si présents il y a encore quelques mois sur la Place Rouge pour dénoncer la tyrannie de leur régime, ont fait ici preuve d'un silence révélateur : même les "libéraux" russes, ouverts à la culture occidentale, n'ont pas soutenu le régime ukrainien.
    Car derrière ce débat est/ouest de façade se cache une autre réalité historique infiniment plus forte : la vitalité et la protection de la nation russe face à ce que, sincèrement ou par effet d'aubaine, elle considère comme une attitude d'agression à son égard.
    La fragile majorité au pouvoir en Ukraine, en humiliant les russophones, a commis l'irréparable. On s'en voudrait presque de l'avoir soutenue, quand on la croyait menacée par le voisin russe.

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