samedi 12 juillet 2014

Sous Sderot il y avait Najd



reprise d'un article de 2005

Najd est le village palestinien sur lequel fut implantée la colonie de Sderot après son occupation par les bandes sionistes entre le 13 mai et le 9 juillet 1948.

Le village de Najd a été complètement rasé, et ses habitants subirent ce que l'on appelle communément aujourd'hui un nettoyage ethnique.

Les réfugiés de Najd sont probablement allés vers le sud et l'ouest, vers ce que l'on nomme aujourd'hui la bande de Gaza, rejoindre les centaines de milliers de réfugiés qui furent parqués par la bonne conscience occidentale dans des camps de fortune.

Aujourd'hui, les réfugiés de Najd et des autres villages et villes palestiniens ayant subi le nettoyage ethnique bombardent la colonie Sderot, construite sur leurs terres et leur village.

La colonie Sderot, appelée aujourd'hui ville de Sderot par ceux qui ont assimilé et légalisé l'occupation sioniste de la terre palestinienne, accueille des émigrés juifs ou prétendus juifs venant de toutes les parties de la terre, pour la construction d'un Etat Juif et pour les Juifs, l'Etat d'Israël.

Elle accueille entre autres, comme la ville de Beer Saba' appelée Beersheva par les sionistes, des émigrés pauvres, des émigrés importés de pays pauvres, pour peupler une terre à la place de ses habitants autochtones, qui sont, eux, refoulés vers les extrêmes. Elle accueille les Juifs d'Ethiopie, juifs noirs, pauvres, mais dont les privilèges en tant que Juifs dépassent de loin tout ce que les Palestiniens de 48, pourtant considérés comme citoyens de cet Etat colonial, peuvent prétendre revendiquer.


Ces colons venus d'autres cieux habitent l'ancien village de Najd, se considèrent comme chez eux, pallient au racisme anti-noir de la société qui les a importés en déversant leur haine sur les Palestiniens, dont la simple présence à leurs côtés représente une menace.

Aujourd'hui, d'autres localités palestiniennes dans le Naqab et en Galilée sont menacées par cet afflux de nouveaux colons pauvres.

l'Etat colonial et ses diverses institutions ont lancé une vaste campagne dans le but de susciter une nouvelle vague d'immigration juive ou prétendument juive, pour installer ces nouveaux colons sur les terres palestiniennes qu'ils continuent à rafler, au détriment des "citoyens" palestiniens, dans le Naqab notamment.

Qu'ils soient fortunés ou pauvres, les colons sont des colons. Ils font partie de l'institution coloniale sioniste. Dès leur arrivée, leur mentalité a été façonnée par la haine des Palestiniens, par leurs droits en tant que Juifs sur cette terre qui n'est pas la leur, et ils portent en eux et défendent le projet exterminateur du peuple palestinien.

Il peut arriver que des individus, parmi cette masse de colons, fassent un choix contraire : refuser les agissements "extrêmes" de leurs dirigeants, lutter contre l'institution considérée comme non démocratique, ou même injuste, ou même coloniale. Ils peuvent rejoindre les mouvements israéliens opposés à la guerre, à l'occupation, ou même à la colonisation. Le choix reste individuel et collectif. Mais quand ils rejoignent le camp de la justice, ils ne pourront pas se plaindre des bombes qui leur tombent dessus tant qu'ils restent à Sderot, car ils savent que Najd a été rasée pour qu'ils y soient installés et que ce sont les habitants de tous les Najd qui ont pris les armes afin d'y retourner.

Les bombardements des agglomérations juives dans l'Etat d'Israël ne sont pas futiles, quoi qu'en pensent les stratèges parisiens, même si la portée des fusées ne peut faire que des dégâts légers, le plus souvent. Car la stratégie de la résistance palestinienne, même si elle a des difficultés ces temps-ci, consiste à susciter un ras-le-bol et un sentiment d'insécurité parmi les habitants de ces agglomérations.

Je ne pense pas que les armes portées par les résistants vietnamiens faisaient plus de dégâts mais c'est la logique d'une guerre non conventionnelle, de la guerre populaire, qui vise à accentuer la pression sur les localités limitrophes, en général pauvres, comme celles du nord de la Palestine, à l'époque où la résistance palestinienne bombardait, à partir de ses bases au sud-Liban, les colonies de Kiryat Shmone et les autres.

Condamner les actions militaires de la résistance palestinienne sur la colonie-ville de Sderot relève plus d'un choix politique que de considérations morales. Il ne suffit pas d'avancer les aspects de civils, pauvres, noirs, et tout ce qui s'ensuit pour prétendre juger selon la morale. Même ces aspects sont politiques. Le choix est plutôt celui-ci : l'Etat colonial d'Israël est-il légitime ou non ? Faut-il soutenir totalement ou partiellement la lutte du peuple palestinien pour recouvrer ses droits nationaux et légitimes ? A partir des réponses, brèves ou longues, que l'on donne, découlent nos condamnations, nos approbations, nos silences et nos actions.

NoteEn 1948, lorsque Israël se déclara unilatéralement en Etat, il était propriétaire d’un peu plus de 6% de la terre de Palestine… Après 1940, lorsque l’autorité mandataire restreignit l’accès à la propriété terrienne aux Juifs, à des zones spécifiques de la Palestine, des achats (et des ventes) illégaux continuèrent de s’opérer à l’intérieur des 65% réservés aux Arabes. Ainsi, lorsque le plan de partition fut déclaré en 1947, il incluait des terres détenues illégalement par des Juifs et qui furent incorporées, comme un fait accompli, à l’intérieur des frontières de l’Etat hébreu. Et après qu’Israël proclama qu’il était devenu un Etat, une batterie impressionnante de lois assimilèrent en toute légalité des étendues immenses de terre arabe (dont les propriétaires étaient devenus des réfugiés et avaient été déclarés « propriétaires défaillants », afin de pouvoir exproprier leurs terrains et empêcher définitivement leur retour.) Edward Saïd, "The Question of Palestine."

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