samedi 6 septembre 2014

Théorie du genre : le mensonge de l'extrême droite



Le plus drôle je crois c'est que bon nombre de femmes qui luttent sans savoir pourquoi contre cette théorie qui n'existe pas seront les premières à se révolter le jour où on leur interdira certaines activités ou par exemple le droit de porter un pantalon comme ce fut le cas dans mon enfance (il fallait mettre une jupe par dessus) ... elles seront les premières à hurler que leur compagnon ne prennent pas en charge de temps en temps le change ou le bain de leur enfant... qu'il ne se lève pas la nuit quand le bébé pleure ... 



En quoi consistait le programme "ABCD de l'égalité" de l’Éducation nationale ?

Cette expérimentation engagée à la rentrée par le ministère dans dix académies visait à lutter contre les stéréotypes filles-garçons à l'école. Des stéréotypes tels que "le foot c’est pas pour les filles", "un garçon qui aime la danse c’est "bizarre'", ou que "il n’y a que les filles qui portent du rose".

Ce programme vise donc à faire prendre conscience de ces stéréotypes aux élèves, puis d'en discuter avec eux, et ce par l’analyse de tableaux, de textes, de contes ou de photos. Ainsi, l’un des documents pédagogiques permet de découvrir que certes le tricot a été longtemps réservé aux filles et aux femmes, mais que pendant la guerre 1914-1918, les hommes blessés et démobilisés participaient, comme les femmes, à l’effort de guerre, en tricotant pour les soldats au front, et que, depuis les années 1970, de plus en plus d’hommes tricotent. Et cela n’a rien de honteux ni de ridicule.

Un autre a pour objectif de faire évoluer les représentations dans le sport en montrant des pratiques sportives rarement présentées à la télévision, telles que le foot ou le rugby féminin.

Le programme ne visait donc nullement à "forcer les petits garçons à jouer à la poupée et les filles aux petites voitures" comment l’affirment les détracteurs de ce projet. Il a plutôt pour objectif de faire en sorte que les petits garçons aient eux aussi le droit de jouer à la poupée et les filles aux petites voitures s’ils en ont envie, et ce sans en avoir honte. La nuance est de taille.

"En permettant aux élèves de se demander pourquoi les princesses ne pourraient pas aussi sauver les princes, en montrant que, selon les lieux et les époques, les rôles des hommes et des femmes ont varié et que l’amour a des formes multiples, les chercheurs, les enseignants et les professeurs des écoles permettent aux enfants, citoyens et citoyennes de demain, de construire un monde plus égalitaire et plus harmonieux", concluent les universitaires alsaciens dans une tribune.


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D'où vient cette rumeur sur la "théorie du genre" ?

Contrairement à ce qu’affirment ces mouvements d’extrême droite, il n’existe pas de "théorie" niant les différences entre les sexes, et ayant pour objectif soit de transformer les hommes en femmes (et vice versa) soit de fondre homme et femmes dans une masse indifférenciée  (lire S. et A. n° 780, février 2012).

Cette rumeur vient d'une confusion (parfois volontairement entretenue) entre la "théorie du genre" (qui n'existe pas) et ce qu'on appelle les "études de genre" qui, elles, sont une discipline de recherche à part entière.

RECHERCHE. Ces "études de genre" enquêtent depuis quarante ans sur les rapports sociaux entre les sexes et les codes qui façonnent les rôles masculins et féminins. Ces études mettent en jeu de nombreuses disciplines.




Les rôles attribués à chaque sexe varient au fil des cultures et du temps

Ainsi, les anthropologues et les ethnologues ont montré que les statuts et les rôles attribués aux hommes et aux femmes n’étaient pas les mêmes d’une société à l’autre. Les sociologues et les psychologues ont, eux, mis en évidence le caractère socialement construit des différences entre le masculin et le féminin. Enfin, les historiens ont confirmé les grandes variations des rôles attribués à chaque sexe à travers le temps.

GENRE. "On n’est pas homme ou femme de la même manière au Moyen-Âge et aujourd’hui. On n’est pas homme ou femme de la même manière en Afrique, en Asie, dans le monde arabe, en Suède, en France ou en Italie. On n’est pas homme ou femme de la même manière selon qu’on est cadre ou ouvrier. Le genre est un outil que les scientifiques utilisent pour penser et analyser ces différences", explique un groupe d’universitaires alsaciens dans une tribune.

Ces études distinguent le "sexe biologique" (homme, femme, hermaphrodite) de "l’orientation sexuelle" (attirance pour l’un ou l’autre sexe) et du "genre" (le sexe "social"). Autrement dit, ce que la société "attend" de chacun des deux sexes, et les stéréotypes qu’elle leur attribue.

Ces études se heurtent toujours à de puissants discours selon lesquels les rôles et la hiérarchie entre les hommes et les femmes sont immuables

"Ces études placent au cœur de leur approche la rupture avec 'l’essentialisme', dans le sillage du mot célèbre de Simone de Beauvoir selon lequel "on ne naît pas femme (il faudrait ajouter "ni homme"), on le devient", explique Laure Bereni, chercheuse au CNRS et enseignante à la New York University.


Après Nicole-Claude Mathieu ou Michel Foucault, qui ont conduit cette réflexion au sein du CNRS, à l’EHESS et à l’université Paris-VIII, des centaines de chercheurs y travaillent en France, notamment à l’Institut Émilie-du-Châtelet. "Mais ces études se heurtent toujours à de puissants discours qui rapportent les différences perçues et la hiérarchie entre les hommes et les femmes à un invariant naturel", déplore Laure Bereni.


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