Palme d'or : l'envers du décor

Le prix de l'exploitation et de l'humiliation


Il y a d'un coté les "nobles", ceux qui apparaissent sur les marches du festival et pourront trôner dans la "jet set" 


et de l'autre le "petit peuple" des besogneux, les obscures. Cet événement du festival de Cannes n'est que le reflet d'une société dans laquelle l'écart entre les classes sociales se creusent de plus en plus.  
Le clivage s’accroît sans cesse, la richesse s'exhibe comme jadis ses titres de noblesse . 


L'ambiance jet set et bling bling est de plus en plus méprisante pour les travailleurs qui ne sont plus qu'à leur service et doivent être heureux de l'être.  C'est Versailles au temps de sa décadence. Les nouveaux aristos exhibent leur perruques ou plutôt leur décolletés, leur nouveau compagnon, leur bijoux... le peuple applaudit ... mais jusqu'à quand... Ça ira, ça ira... ? Ça finira bien par éclater un jour...

Maryvonne Leray


L'atmosphère sur le tournage n'était "pas humaine"


Hier, sur la Croisette, Abdellatif Kechiche savourait les critiques dithyrambiques, tandis qu'à l'autre bout du pays, dans la région Nord-Pas-de-Calais, certains se repassaient le film du tournage. "Une grosse, grosse galère", témoigne ce salarié. "On n'a même pas été invités à la projection. Il paraît, aussi, qu'il n'y a pas de générique de fin. C'est comme si nos noms avaient été effacés, on n'existe plus !", s'indigne un autre. Dans un communiqué, l'association regroupant les techniciens et ouvriers du cinéma du Nord-Pas-de-Calais, l'Atocan, fait cette remarque grinçante : "Si ce long-métrage devait devenir une référence artistique, nous espérons qu'il ne devienne jamais un exemple en termes de production."
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l'atmosphère sur le tournage n'était "pas humaine". "Il y a eu un mépris pour les conditions de travail, pour le repos de l'équipe, et sa vie privée, je n'ai jamais vu ça", dit cet ancien collaborateur. C'est ce qui le rend le plus mélancolique. "Kechiche peut être chaleureux avec l'équipe, demander aux uns et aux autres s'ils vont bien. Il travaille au plus près des comédiens, il y passe un temps fou. Il peut filmer un repas de famille pendant une heure et demie, en laissant improviser les acteurs, pour capter des éclats du réel, de l'intime. Le résultat est magnifique. Mais quand on connaît l'envers du décor, on se demande vraiment : 'Elle est où cette beauté ?' C'est à désespérer de tout."
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Morale de l'histoire ? "Je pense que Kechiche a un immense respect pour les comédiens. Mais pas pour les techniciens." La preuve, poursuit-il, "c'était un jour de tournage dans un appartement. On était persuadés qu'on allait filmer. Au lieu de ça, Kechiche s'est assis à table, dans le décor de la cuisine, avec Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos. Il a demandé à l'un de ses proches d'aller chercher des huîtres et du champagne. Et ils se sont mis à manger. Nous autres, on attendait". Heureusement, l'espace était suffisamment grand pour que chacun vaque à ses occupations, ailleurs que dans la cuisine. "On n'était pas collés devant la table, à les regarder manger ! Mais il régnait un sentiment bizarre."



"On lâche rien ! On lâche rien !", crient les manifestants dans la rue, dès les premières images de La Vie d'Adèle, d'Abdellatif Kechiche, sélectionné en compétition officielle. Un peu avant la projection du film, au Palais des festivals, jeudi 23 mai à 11 h 30, une autre musique syndicale s'est fait entendre, tambours battants : un communiqué du Spiac-CGT, le syndicat des professionnels de l'industrie de l'audiovisuel et du cinéma, est venu jouer les trouble-fête en relayant les plaintes des ouvriers et des techniciens du Nord – Pas-de-Calais embauchés sur le tournage.

"Nous devrions, a priori, nous réjouir (...) Hélas, et indépendamment de la qualité artistique du film, nous ne pourrons pas participer de cet enthousiasme : nos collègues ayant travaillé sur ce film nous ont rapporté des faits révoltants et inacceptables. La majorité d'entre eux, initialement motivés, à la fois par leur métier et le projet du film en sont revenus écœurés, voire déprimés", lit-on. Certains ont abandonné "en cours de route", "soit parce qu'ils étaient exténués, soit qu'ils étaient poussés à bout par la production, ou usés moralement par des comportements qui dans d'autres secteurs d'activités relèveraient sans ambiguïté du harcèlement moral".

Le Spiac-CGT évoque des "journées de travail de 16 heures, déclarés 8". Sur certains postes, il y aurait eu des "journées de travail de 11 heures, payées 100 € bruts, alors que 100 € nets avaient été promis". Sont pointés, aussi, des "horaires de travail anarchiques ou modifiés au dernier moment", avec "convocation par téléphone pendant les jours de repos ou pendant la nuit, modification du plan de travail au jour le jour". "Les gens ne savaient pas le vendredi soir s'ils allaient travailler ou non le samedi et le dimanche suivant".

Précisons que ces arrangements au code du travail sont assez fréquents, à des degrés divers, sur des tournages de films d'auteur au budget serré. Celui de La Vie d'Adèle a légèrement dépassé les 4 millions d'euros, ce qui n'en fait pas non plus un film pauvre. Le Spiac-CGT pointe un dysfonctionnement plus grave : il y aurait eu "incitation à faire des trajets automobiles dans des délais tels que les personnes en charge de ce travail devaient rouler à plus de 180 km/h". Le syndicat conclut : "Ces pratiques indignes montrent bien la nécessité d'une convention collective étendue".


Un contexte très tendu

Car ce pavé dans la mare fait irruption dans le contexte, très tendu, du débat sur la convention collective du cinéma. Signée en janvier 2012 par la plupart des syndicats de salariés, parmi lesquels le Spiac-CGT, mais par la seule organisation patronale API (Gaumont, MK2, Pathé, UGC), le texte est rejeté par de nombreux syndicats de producteurs, représentant une grande diversité de films – de Tomboy de Céline Sciamma, réalisé pour moins de 1 million d'euros, au dernier Astérix de Laurent Tirard (62 millions d'euros).

Au centre des discussions : le montant des minima salariaux, le paiement des heures supplémentaires, du travail de nuit ou du dimanche. Les opposants à ce texte estiment qu'une bonne soixantaine de films ne pourraient plus se faire si l'on devait appliquer les tarifs de cette nouvelle réglementation. Ils ont déposé un texte alternatif qui prévoit, entre autres, différents niveaux de rémunération en fonction du budget du film. Une médiation est en cours, sous l'égide de Raphaël Hadas-Lebel, qui devrait aboutir le 6 juin.

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