Minuit, il n'y aura plus de mots pour le dire

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C'était une des émissions culturelles phares du PAF. Des mots de minuit ne sera plus diffusée à la rentrée prochaine, « faute de moyens », a déclaré son présentateur, Philippe Lefait, au cours de l'émission de ce mercredi 22 mai 2013.

" La finance est mon ennemie. Faute de moyens, Des mots de minuit ne sera plus à l’antenne en septembre. Je veux ici saluer, toutes celles et ceux, ce sont mes amis, avec qui j’ai fait depuis treize ans cette émission exigeante. Toutes celles et ceux qui l’ont permise, fabriquée, soutenue ou tolérée à tous les niveaux du groupe… Et surtout, et surtout vous, public, toujours tardif qui la regardez et nous encouragez. "




France Télé manque de vision


François Jost
Nouvel Observateur

En choisissant de faire un article sur la suppression de "Des mots de minuit", je ne suis pas sûr d’intéresser beaucoup plus que le public que ce programme réunissait, ce qui, soit dit en passant, fait quand même autour de 100.000 téléspectateurs. Et pourtant, cette suppression mérite qu’on s’y arrête.


Voici donc une émission qui reçoit des intellectuels qui ont écrit des livres. Pas forcément des universitaires obscurs, comme on aime parfois à les imaginer, mais des auteurs qui ont écrit sur des sujets aussi divers que "La Sexualité masculine", la BD ou la cuisine (parmi les derniers sujets traités). Elle porte depuis longtemps un titre qui a peu de rapport avec sa programmation, puisque cela fait des lustres – sans doute depuis l’époque où Michel Field la présentait – qu’elle est programmée à 1 heure du matin.

Que lui reproche-t-on ? De coûter trop cher. Comment juger le prix d’un programme, me direz-vous ? Comment juge-t-on qu’il est trop cher ? Tout simplement en prenant en compte la rentabilité d’une case horaire : pour les dirigeants de la chaîne, il s’agit de mettre en regard le nombre de téléspectateurs que réunit un programme et le prix de revient d’une heure de programme.

À ce compte-là, le calcul est simple : on divise 64.000 euros le numéro par 105.000 téléspectateurs (l’audience du dernier mercredi) et l’on voit combien coûte un téléspectateur. Évidemment, la conclusion est vite tirée : il vaut mieux rediffuser un programme de la chaîne ou passer une vieille série américaine. C’est évidemment beaucoup plus rentable. Mais, dans ces conditions, que reste-t-il des missions du service public ?




Philippe Lefait revient sur l'annulation des "Mots de minuit"

En 1998, à la suite de Michel Field puis de Laure Adler, Philippe Lefait reprenait les rênes du "Cercle de minuit" et rebaptisait ce magazine culturel exigeant et ouvert à toutes les disciplines artistiques "Des Mots de minuit". Après treize ans d'existence, l'animateur et producteur a appris par France Télévisons, mercredi 22 mai, la suppression de son émission.

Quelles ont été les raisons avancées par la direction pour vous signifier la fin des "Mots de minuit" ?

La première est d'ordre budgétaire. Nous coûtons cher par rapport à l'audience que nous avons. Le coût par numéro est de 64 000 euros pour une moyenne de 150 000 spectateurs. Ce à quoi je peux répondre qu'en effet, si on s'arrête à une logique du chiffre, c'est onéreux. En revanche, si on s'arrête à une logique de service public, cela ne coûte pas forcément très cher. Entre le prix et l'audience, il y a forcément quelque chose qui s'appelle le service public et, accessoirement, la programmation.

La seconde raison avancée, non plus au niveau du groupe mais au niveau de France 2, est de dire qu'avoir sur la chaîne trois émissions culturelles, quelle que soit la forme qu'elles prennent, est sans doute, dans l'esprit d'une chaîne généraliste, un magazine culturel de trop. Pour autant si, comme je le crois, France Télévisions est un piano de très belle facture, il est dommage de se priver de ses notes graves et aiguës.


N'avez-vous pas le sentiment que cette suppression s'inscrit dans un mouvement plus large qui fait la part belle au divertissement, au détriment de la culture ?

En cette période de crise sociale, économique et psychique - dimension peu mentionnée -, je pense qu'effectivement nous sommes entrés dans une ère où le marché est la seule idéologie qui vaille ; que le chiffre est une dictature qui impose sa loi et que, au-delà même de la télévision, la société devient une société du divertissement généralisé. C'est la vieille règle du pain et des jeux, modernisée par le triomphe du marché.


Sur le site de France Télévisions, une pétition a été lancée pour sauver "Des Mots de minuit"

En effet, elle émane de téléspectateurs. Parmi les messages de soutien, j'en ai relevé un en particulier qui m'a fait du bien, ainsi qu'à l'équipe, car il nous conforte par rapport au travail accompli depuis tant d'années : "Je garde les yeux ouverts à minuit depuis plus de vingt ans. Ouvrière et fière de l'être, je me fous de la fatigue, la culture me nourrit. Certains souvenirs d'émission font partie de ma mémoire vive. Je ne veux pas fermer les yeux." Ce simple signe de soutien nous récompense de treize ans d'exigence professionnelle.


Comment se profile votre avenir ?

Nous avons découvert tardivement la fin de quelque chose en quoi nous croyons tous : le service public. C'est un lieu évident de la communauté et de la démocratie et nous sommes tous volontaires pour continuer. Jusqu'alors, nous roulions en berline, nous sommes prêts à passer à la voiture hybride, bien plus économique, dit-on.


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La fin d'une exception culturelle !
Le magazine culturel "Des Mots de Minuit" présenté depuis 13 ans par Philippe Lefait le mercredi soir sur France 2 ne sera plus à l'antenne à la rentrée. C'est ce qu'a décidé la direction de France Télévisions qui avance des arguments budgétaires.

Etrangement ces économies semblent concerner en priorité les émissions culturelles.
Pour quels résultats, pour quelle politique éditoriale ?

Il est dommage de sacrifier le culturel pour la rediffusion à outrance de programmes déjà amortis.

Dites non à la suppression de la culture sur les chaines publiques.

Dites non à la suppression "Des Mots de Minuit" pour que l'on puisse encore respirer ce programme et fredonner son générique…


SIGNEZ LA PÉTITION




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