samedi 1 mars 2014

NDL :Nantes 22 février : Non la manifestation n'a pas dégénéré : elle a été empêchée par la violence de l'état

Les petits bourgeois, bon chic bon genre, n'ont de cessent de critiquer les soi disant casseurs sans remettre en cause  un seul instant l'énorme provocation que fut le siège de Nantes par les forces de police... Non la manifestation n'a pas dégénéré : elle a été empêchée par la violence de l'état.
Maryvonne Leray



Cassons la figure du casseur

Depuis maintenant bientôt une semaine, les débats n’en finissent plus sur les fameux affrontements du 22 février. Tous les torchons médiatiques parlent d’événements « en marge » de la manifestation. Et pourtant, tous n’abordent que cet aspect de la manifestation. Etonnant non pour un aspect censé être « marginal » ? Non, même si des dizaines de milliers de personnes étaient présentes dans la joie et la bonne humeur, les affrontements n’étaient pas marginaux. Ils étaient bien au cœur de cette manif, et ne peuvent en être dissociés tant les soit-disant « casseurs » et leur soutien étaient nombreux.


Ces moments d’affrontements étaient la matérialisation d’un rapport de force qui se joue entre un mouvement de résistance et l’Etat. Ils ont rendu visible un instant la violence quotidienne que l’état applique sur chacun d’entre nous d’une manière beaucoup plus discrète mais implacable.

Pourtant, en dehors d’un certain milieu « politico/militant/ultragauchiste », la fameuse figure du « casseur » en prend pour son grade . Il est temps de la casser !

Mais de qui parle t-on au juste ? Comme si la figure du « casseur » renvoyait à un élément objectif, une identité unique, une espèce de bête violente ne sortant de sa caverne que lorsqu’il peut jeter des pavés. Pourtant, les « casseurs » en tant que catégorie n’existent pas, pas plus que les « criminels », les « dealers », les « malades mentaux »...Leur subjectvité d’individu s’exprime par bien d’autres choses et ne peuvent être réduit à un simple élément d’identité.

J’ose espérer ainsi que chaque personne cachée (ou non) derrière un camouflage de fortune pour conserver l’anonymat était fort différente, mais se retrouvait sur la base de vouloir exprimer sa rage face à la face visible de l’état policier qui se dressait face à elle. Ainsi, durant la manifestation, j’ai observé plusieurs indices faisant du casseur un être semble t-il réfléchi, et donc non bestial. Par exemple, j’ai été agréablement surpris (j’avais sans doute moi-même quelques préjugés) de constater que le « casseur » ne casse pas n’importe quoi quand il sort de sa caverne. Hormis quelques dégâts collatéraux, les attaques étaient forts bien ciblées : banques, lieu de pouvoir, symbole de la vitrine socialiste nantaise (ou plutôt vitrines des symboles socialistes nantais), matériel de destruction,...


Et puis, il y a eu un changement « sociologique » en cours de manif qui me laisse croire que certains n’étaient pas sorti de leur caverne expressément pour casser, mais qu’ils ont pu profiter de leur ballade du samedi après midi dans le centre-ville pour exprimer leur rage. D’une manif rassemblant en quasi totalité des petits blancs de France et de Navarre, de nombreux visages d’origines culturelles diverses sont apparues en fin de manif, notamment en soutien aux affrontements. Moi qui passe beaucoup de temps dans ma vie avec des personnes originaires de pays étrangers, j’étais heureux de voir que lorsque l’Etat joue le jeu de la violence physique, la solidarité s’exerce alors dans un mélange social plus représentatif des classes dominées. Oui, Mr Julien Durand, des groupes de jeunes et moins jeunes de « cités » se sont joints au cortège en fin de manif, et certains ont même intégré les affrontements, à visage découvert. Et alors, où est le problème ? Au contraire, une belle réussite populaire. Lorsque la force d’une mobilisation collective permet à des minorités discriminées de s’en rapprocher pour exprimer sa rage contre l’Etat alors oui, c’est une manif réussie, qui accepte le rapport de force contre tout un système qui oppresse, et non seulement contre un projet qui en est qu’un symbole.

J’ose espérer également que les « casseurs » étaient aussi des « casseuses », et que lancer des projectiles ne renvoie pas juste à un comportement de mec viril. Les femmes aussi ont le droit de l’être non ? Et si on parlait de « casseures » ?

J’ose espérer enfin que les centaines de personnes qui assistaient et soutenaient les « casseures » avaient envie d’en faire autant mais n’osaient pas se lancer tant la violence symbolique imposée par ce dispositif militaire et les risques d’interpellations et de blessures physiques étaient forts.

Moi même, j’étais pris dans ce sentiment d’ « attraction-répulsion » vis à vis des zones d’ « émeutes ». Impossible de fuir ces zones et de laisser ces gens qui dépassaient leur peur pour résister et nous protéger tou-te-s, car oui, face à un tel dispositif policier, il est difficile de se sentir en sécurité. L’envie était forte de lancer moi aussi des projectiles. Mes quelques œufs de peinture préparés pour l’occasion commençaient à faire pale figure à côté des pavés qui commençaient à pleuvoir en tous sens. 


Mon dernier œuf rose lancé derrière les grilles anti-émeutes pour rendre visible la couleur socialiste de tout cet armement m’a valu de belles critiques de la part d’un ’manifestant pacificiste’ : « faux-révolutionnaire », « bouffon », « petit bourgeois ». Ma réponse fut instantanée : « si tu veux garder ta rage dans ta tête, c’est ton problème, mais ne m’empêche pas d’exprimer la mienne ! ». Son attaque méprisante fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase de ma colère. Ras le bol de leur stratégie politique bidon où il faudrait jouer l’unité et attendre le soutien de BFM pour que l’aéroport ne se fasse pas. Ainsi, de toute ma vie, ma première canette de bière sur les flics a été lancée (un bel échec, d’ailleurs, mais peu importe le résultat, la jouissance d’oser faire cet acte répréhensible face à une telle violence d’Etat m’a procuré un réel sentiment de liberté).


Mais dis donc, serai-je donc moi aussi un « casseure » ? Etais-je en marge de la manif ? Pourtant, j’ai passé des heures à coller des affiches, distribuer des tracts, attacher des banderoles, chanter, crier, rencontrer des gens nouveaux... et je suis plutôt tavernes que cavernes !!

ZAD NADIR

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