vendredi 5 septembre 2014

Mon combat antifasciste par Danielle Bleitrach

Voici des années que je tente de mettre en garde les anti-impérialistes contre la manière dont leurs combats sont en France vérolés par l’extrême-droite, disons tout de suite que pour moi la présence de cette lèpre n’implique en rien que nous abandonnions ces combats, mais que nous nous en emparions en tant que communistes, progressistes, pacifistes… Et que nous impulsions une autre orientation. La situation est telle que dans l’urgence de ce combat il ne doit pas y avoir la moindre compromission avec les fascistes. Il faut marquer les camps.

Certes mon antipathie pour les fascistes a des racines profondes, historiques, personnelles, et à ce titre il m’est souvent reproché de rester fixée sur l’histoire et singulièrement celle de la seconde guerre mondiale. Je ne le nie pas, mais je cois que sur ce socle initial sont venues se greffer de multiples expériences, beaucoup plus récentes et même  les plus actuelles. Tout ce qui conditionne notre avenir.

Aujourd’hui,  apparemment  la fachosphère se divise en deux branches, l’une plus proprement orientée contre les "juifs" qualifiés de sionistes ou Zionistes, pour faire l’amalgame avec le combat des Palestiniens. Vous remarquerez que ces gens-là selon la bonne vieille méthode nazie dénoncent d’autant plus les juifs, les Zionistes qu’ils se désintéressent totalement du capitalisme et le limitent donc à la figure traditionnelle du juif tout puissant, manipulateur, dont Wall Street et Israël seraient les centres du pouvoir. Ce qui nous vaut parfois des références loufoques à Rockfeller qui n’est pas juif mais protestant, méthodiste, mais dont le patronyme paraît suspect. Comme le disait déjà Politzer, l’attaque des nazis contre le capitalisme juif permet d’éliminer toute attaque contre le capitalisme en tant que classe, mode de production. 


Même tour de passe passe en ce qui concerne les Etats-Unis en tant que bras armé de l’impérialisme, on lui substitue Israël. Cet Etat de plus en plus raciste et fasciste, dont il faut combattre la politique y compris avec ceux de ses citoyens qui s’inquiètent, comme il faut se répéter que l’ensemble de la population des Etats-Unis ne doit être confondue avec ses dirigeants et le système industrialo-militaire financiarisé dont il est le bras armé. Mais aux uns et autres vous ne pouvez pas demander non plus de nier leur identité, il faut construire la paix, imposer par un combat mais aussi une perspective. . La mesure a été largement dépassée dans ce domaine où y compris des juifs sont invités à renier leur identité familiale, culturelle faute de quoi ils deviennent suspects de sympathie "zioniste".  Une telle dérive est nuisible au combat des Palestiniens. Ce courant est à l’origine, en France, issu de la collaboration, d’où sa fixation obstinée sur le négationnisme et il a trouvé des relais dans le monde arabe qui tout en, de fait, pratiquant une entente avec la droite Israélienne, fait de l’antisémitisme l’abcès de fixation qui occulte toute référence aux dominations de classe, les leurs y compris.Et ce fascisme apparemment pro-arabe  se rencontre sur le fond avec les tenants de l’Etat juif, de la LDJ au Crif.


La deuxième branche est celle qui est à l’œuvre dans "la Voix de la Russie", sa haine raciale porte sur l’entité musulmane qui est là-aussi une construction. Ce courant fasciste, lui aussi identitaire,  organise cette fois la confusion entre ce qui s’avère être une créature des Etats-Unis comme Al Qaida et le califat, avec leurs alliés, par pétrodollars interposés, comme les saoudiens ou le Qatar, et le monde musulman qui en sont les premières victimes. Alors là ce qui est dénoncé n’est pas l’utilisation de troupes de mercenaires pour déstabiliser des régimes arabes ou musulmans comme l’Iran qui manifestent des velléités d’indépendance, mais par exemple comme le font les fachos de "la voix de la Russie", l’islamisation de la France… organisant l’amalgame entre les créatures djihadistes de l’Occident avec le travailleur immigré qui fuit les combats et la misère installés chez lui, ou pire encore les Français issus de l’immigration. Ce courant est né lui des luttes coloniales et il a pris un essor avec le retour des rapatriés,  l’impact dans une armée de métier actuelle que l’on laisse se nazifier après des expéditions en Afghanistan ou en Afrique. Mais il se nourrit également de tous ceux qui ne veulent plus de l’Europe et qui se sentent sans expression pour dire leur mal-être face à une "gauche" qui se confond désormais avec la droite tant sur l’atlantisme que sur l’adhésion au libéralisme patronal. Comment reporter sur l’arabe du coin, coupable de piller la sécurité sociale, l’absence de combat pour défendre les conquêtes ouvrières? la charité bobo et l’antifascisme néo-libéral libertaire devenant un véritable repoussoir.


ce qui a été le creuset historique de l’unification de ces différents courants a été et reste "le poujadisme", la colère des petits patrons par temps de crise. Et là dessus, nous pouvons utilement méditer sur ce qui se passe en Ukraine, où nous avons dans le Donbass un mouvement d’origine prolétarienne, ouvrière et à Kiev avec le Maïdan, un mouvement qui rassemble ces petits propriétaires, des diplômés sans avenir, ils sont tous opposés au système des oligarques mais ne vont pas lui donner la même issue… Là encore, il faut s’interroger sur la rupture avec les couches populaires dans la fascisation du pays.


.ici la référence avec le fascisme historique s’impose parce qu’il y a à la fois une situation de crise et un "simulacre" révolutionnaire qui substitue une analyse raciale à une analyse de classe et qui divise entre elles les victimes sur le modèle belliciste de la concurrence inter-impérialiste, avec dans tous les cas un travail sur la communication, la propagande, on peut dire que le peuple allemand fut avec le nazisme soumis à la plus gigantesque campagne publicitaire qui se puisse inventer, tous les médias furent contrôlés pour aboutir à l’endoctrinement, de l’architecture avec ses gigantesques spectacles jusqu’aux objets de la vie quotidienne tout fut orienté vers cet apocalypse, ce besoin de mort comme réalisation d’un peuple.

Ce qui se passe sur internet et qui relaie  la propagande omniprésente dans les médias occidentaux plus ou moins décrédibilisés me parait gagner en ampleur cet exemple totalisant de la deuxième guerre mondiale puisque les individus à la recherche d’une information alternative sont pris dans cette double analyse raciale et raciste de l’impérialisme défendu par les voix officielles comme la "démocratie" et les valeurs de liberté quand il s’agit d’attaquer un pays pour mieux le piller.


Un ami aussi inquiet que moi et qui s’emploie à alerter ses différents contacts commentait la réponse de certains "maoïstes" et trotskistes qui s’enfermaient à propos du Donbass et d’autres pays dans la thèse des deux impérialismes, la Russie ne valant pas mieux que les pays occidentaux. je n’ai pas envie d’argumenter là-dessus, mais je signale à ceux qui énoncent ce type d’affirmation qu’il ne s’agit pas de la Russie, de la Chine ou tout autre mais bien de la France… C’est de la France, pays de colonisation, pays impérialiste s’il en fut que part désormais ce courant qui s’enfle à la fois du pétainisme, du colonialisme, et qui prétend occuper un espace autrefois occupé par le gaullisme et le communisme, c’est-à-dire celui d’une résistance nationale et révolutionnaire à la domination des Etats-Unis. Un national socialisme est en train de s’y substituer et élargir son audience dans ce domaine comme dans d’autres. C’est de cela dont il est question et pas de savoir si vous avez mal viré votre cuti avec l’union soviétique.

1 commentaire:

  1. Très bonne analyse. Mais comment contrer ce "national-socialisme" ? Comment nourrir une "analyse de classe" et la diffuser ?

    RépondreSupprimer