lundi 23 novembre 2015

Vive l' état d'urgence

Ahmed, voisin des terroristes de Saint-Denis, a été blessé dans l'assaut du Raid à Saint-Denis, le mercredi 18 novembre. Terrible ironie du sort : à l'issue de son audition, il s'est vu remettre une obligation de quitter le territoire français...

 
Il a vu la mort venir le cueillir alors qu'il dormait, dans la nuit de mardi à mercredi, dans son modeste studio d'un immeuble vétuste de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Ahmed, un Egyptien de 63 ans, sans papiers, était logé sur le même palier que les terroristes présumés, ciblés par les hommes du Raid.

Pour la première fois, alors qu'il a été blessé au cours de l'intervention policière, ce peintre en bâtiment, arrivé en France il y a neuf ans, revient sur le moment apocalyptique qu'il a vécu.

« Il était environ 4 h 30 du matin. Il y a eu une explosion. Ma porte s'est ouverte. J'ai cru que l'immeuble était en train de s'écrouler ! J'ai voulu sortir. Des policiers avec des lampes torches m'ont dit de rentrer dans mon logement. Ils voulaient savoir si les appartements du palier communiquaient. Moi, je me suis tout de suite dit : Je vais mourir... » Abasourdi par la violence de la détonation, Ahmed se recroqueville alors sur son lit avant d'appeler à l'aide. « Je frappais sur les murs pour qu'on vienne me chercher, poursuit-il. Ensuite, je me suis mis dans un coin de mon studio, et les tirs ont commencé... »

«Ils s'étaient trompés de porte...»

Le peintre en bâtiment voit des projectiles tirés depuis l'immeuble d'en face atteindre les murs du sien. Les snipeurs du Raid viennent d'engager le feu sur les terroristes retranchés, armés de kalachnikovs. Dans un geste de survie, Ahmed s'empare d'un morceau de bois et tente de se protéger derrière. Puis le déluge de feu gagne son logement. « Des balles ont touché le lavabo, la télé et le frigo, confie encore le sexagénaire, le regard un peu hagard. Je parlais aux policiers mais ils ne me répondaient pas. Si j'avais bougé, ils m'auraient tiré dessus. Les tirs provenaient de partout... »

Soudain, les coups de feu cessent. Un policier lui demande d'aller à la fenêtre, tout en levant les bras en l'air. « Là, il a dit à ses collègues : Ne tirez pas ! Mais j'ai à peine eu le temps de bouger que j'ai ressenti une vive douleur dans le bras gauche. Ensuite, j'ai vu du sang autour de moi. J'ai compris que j'avais été touché par la police. » Il est finalement évacué vers l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris XIIIe). Mais le même homme est ensuite placé en garde à vue, quelques heures après les faits. « J'ai expliqué aux enquêteurs que trois hommes et une femme, avec des cheveux châtains et longs jusqu'aux hanches, étaient venus frapper à ma porte le mardi soir vers 21 heures, indique-t-il. Ils parlaient en français. Ils s'étaient trompés de porte. Quand j'ai ouvert, ils se sont précipités dans un autre appartement. J'ai eu l'impression qu'ils ne voulaient pas montrer leur visage. Ils portaient des chapeaux, des manteaux et ils avaient les mains dans les poches. Je les ai salués en arabe mais ils n'ont pas répondu. »

Terrible ironie du sort : à l'issue de son audition, Ahmed, qui a tout perdu dans l'assaut donné par la police, s'est vu remettre une obligation de quitter le territoire français... Sollicité dimanche, son avocat, Me Karim Morand-Lahouazi, a fermement dénoncé « l'attitude de l'administration » à l'égard de son client. « Y avait-il urgence à lui notifier de quitter le territoire sans qu'il ait pu faire valoir ses droits en tant que victime ? s'interroge le conseil d'Ahmed. Je vais introduire un référé-suspension contre cette mesure. Aujourd'hui, l'urgence pour mon client est de pouvoir ne serait-ce que s'habiller mais aussi se loger. J'en appelle aux associations qui pourraient lui venir en aide, ainsi qu'à la ville de Saint-Denis. »
 

3 commentaires:

  1. Impensable! J'uploade. Merci de l'info et courage à Ahmed! Affaire à suivre de très près. Les h du RAID ont commis une erreur grave (certes peut être comprehensible) mais qu'il faut d'urgence rattraper !! Hélène Larrive

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  2. une justice de classe sourde et aveugle

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