lundi 20 juin 2016

NDDL : aéroport ou pas, la ZAD ne lâchera pas,

 car elle a "d'autres combats"


Depuis l’été 2009, des opposants au projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes se sont implantés autour de la zone menacée pour la défendre. Véritable communauté organisée, cette ZAD compte aujourd’hui environ 200 personnes présentes toute l’année sur le site. Autant de militants qui ne sont pas prêts de bouger, que la construction de l’aéroport se fasse ou pas.

Le référendum consultatif, validé ce lundi par le Conseil d'Etat et prévu ce dimanche, invite les votants à dire si "oui" ou "non" ils sont favorables au "projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ?". Bien que certains opposants aient invité les votants à se prononcer en faveur du "non", la ZAD n’a pas appelé au vote.
Selon Camille, habitant de la "zone à défendre", qui doute de l’impact du résultat du vote sur le choix des élus, il s’agit avant tout d’une "mascarade" du gouvernement. Dans le bénéfice du doute, nous avons imaginé les deux cas de figure.  

Si le "oui" l’emporte

Si le "oui" l’emporte, le gouvernement gagnera en légitimité. Le soutien de la majorité des votants donnera alors raison à tous ceux qui encouragent la construction de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Bilan ? Les constructeurs ordonneront l’évacuation de la ZAD avant le début des travaux.

Lorsqu’il s’agit d’évoquer la délocalisation éventuelle des "squatteurs", le gouvernement semble se diviser. D’un côté le Premier ministre Manuel Valls affirme fermement son intention d’évacuer la zone depuis début janvier. De l’autre, la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal promet qu’il n’y aura "pas d'évacuation par la force". Difficile donc de prédire la politique qui sera choisie le moment venu. 

Pour Hervé Kempf, auteur de "Notre-Dame-des-Landes" (Ed. du Seuil) et rédacteur en chef de Reporterre, peut-importe la méthode employée, les zadistes ne se laisseront pas faire :


"La volonté farouche de résister est aujourd’hui aussi vive qu’il y a quatre ans. Or, nous avons vu les élans de résistance et de solidarité émerger en 2012 suite aux violences policières subies par les opposants au projet. Quoiqu’il advienne demain, il y aura toujours des milliers de gens prêts à lutter."
Camille, habitant de la ZAD confirme :
"Même si le 'oui' l’emporte, nous ne lâcherons pas !"

Si le "non" l’emporte

Attention, il ne suffit pas pour autant que le référendum se solde par une "victoire" aux yeux des opposants pour que la construction de l’aéroport soit annulée.

En effet, le caractère consultatif, totalement inédit en France, n’oblige pas le gouvernement à suivre l’avis de la majorité. Un "non" voté à la majorité peut simplement permettre de retarder le projet. Auquel cas, la ZAD aurait des raisons évidentes de perdurer.

Dans le cas où le "non" voté à la majorité serait pris en compte par le gouvernement et enterrerait ainsi le projet de construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la ZAD ne cesserait pas d’exister non plus.

Depuis 2014, les zadistes réfléchissent à leur avenir, celui qu’ils auront au lendemain de l’enterrement du projet Vinci. Projet qui n'est pas la seule menace qui pèse sur cette zone, comme l’explique Camille :


"A Notre-Dame-des-Landes, nous ne voulons ni aéroport, ni Center Park, ni centre commercial, ni zone industriel, ni monopole agricole.

Nous souhaitons éviter un retour vers la grande distribution. Mais pas seulement, nous voulons aussi que les agriculteurs qui travaillent aujourd’hui sur la ZAD puissent y rester. Nous voulons également pouvoir poursuivre nos activités 'illégales' : d’expérimentation, d’habitations auto-construites ou de terres redistribuées."
Et ceux qui font vivre la ZAD ont bien d'autres combats. 

Ils sont paysans, tanneurs, aubergistes ou encore ostéopathes et depuis des années, ils défendent non seulement une zone mais aussi une idéologie. Les zadistes ont une raison d’être au-delà de la question de la construction d’un aéroport. Comme l’explique l’un d’entre eux :

"Nous avons créé avec la ZAD une forme de vie autogérée, libérée du salariat et de l’économie classique. Notre rapport au monde est différent et il ne se limite pas à la construction d’un aéroport."


Barbara Krief
Nouvel obs

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